Le Gui, des druides à la phytothérapie

Tout le monde connaît le Gui, Viscum album L., sous sa forme de bouquet suspendu dans les maisons sous lequel on échange un baiser, symbole d’amour et de prospérité. La plante jouit de multiples vertus jusqu’à avoir été qualifiée de panacée universelle pour les Druides, une réputation qui l’accompagne toujours de nos jours, mais qu’en est-il véritablement de ses actions médicinales ?

Faisons plus ample connaissance avec cette plante de la famille des Santalacées qui s’amuse à s’agripper aux arbres en belle hémiparasite qu’elle est. « Hémi » car la plante est verte, donc contient des chloroplastes, donc de la chlorophylle rendant la plante capable d’effectuer la photosynthèse. « Parasite » car le gui installe un suçoir sur la plante-hôte qui lui sert à prélever la sève brute et les sels minéraux qu’elle contient, empruntant à l’arbre qui l’a accueilli malgré lui ce que l’absence de ses racines ne lui permet pas. 

Ses feuilles sont d’un beau vert doré, assez épaisses, sans pétiole, opposées et l’on peut observer sur le limbe 3 à 5 nervures parallèles. Elles sont persistantes, allongées.

Ses fleurs, petites et jaunâtres se forment l’automne venu, demeurent fermées durant l’hiver pour s’ouvrir aux premiers rayons de soleil, de février à avril.

Le gui se reconnaît de loin à la forme touffue qu’il prend sur les arbres qu’il parasite. Une forme en boule qui peut parfois atteindre un mètre de diamètre. On observe facilement sa présence l’hiver, une fois le feuillage des feuillus tombé.

Le Gui, visible de loin en hiver sur l’arbre parasité…

Le Gui et le chêne, une histoire d’amour plutôt rare…

Les Druides ne nous ont laissé que très peu de traces de leurs traditions et pratiques, d’ailleurs aucune de manière directe puisqu’ils n’écrivaient pas. C’est au travers des écrits de Romains que nous avons pu nous faire une maigre idée des usages sacrés et thérapeutiques de nos ancêtres. Pline rapporte au IIIe siècle dans son Histoire Naturelle que le Gui était récolté sur les chênes. Or, si Viscum album aime les feuillus : les peupliers, les pommiers, poiriers, aubépines, saules, tilleuls, robiniers, sorbiers… il ne parasite que très rarement le chêne. C’est donc en partie cette rareté qui lui a valu d’attirer l’attention des Druides, une rareté accompagnée d’autres signes évidents de son caractère divin : il demeure vert toute l’année et il pousse entre terre et ciel. Ce don céleste, il fallait le récolter à l’aide d’une serpe d’or pour ne point le souiller et, surtout, il ne devait jamais toucher terre, on le récoltait donc dans un linge blanc. La cueillette était accompagnée d’un sacrifice de deux taureaux blancs et les druides étaient, eux aussi, vêtus de blanc. Une couleur associée bien évidemment à la pureté.

Une baie blanche, presque de nacre…

Gui guéris-tout

Les Celtes considéraient le Gui comme sacré, l’utilisait en tant que remède contre l’infertilité des femmes et des terres, comme une panacée contre tout poison. L’importance donnée à la plante va alors traverser les siècles et on l’utilisera pour soigner bien des maux, surtout quand l’homme moyenâgeux se trouvait démuni face à l’inexplicable épilepsie par exemple… La phytothérapie moderne utilise quant à elle le Gui pour ses propriétés hypotensives, sédatives, antispasmodiques, mais aussi diurétiques, toniques de l’utérus, hémostatiques et immunostimulantes. On emploie donc le Gui pour lutter contre l’hypertension artérielle principalement, mais encore dans certains troubles d’ordre nerveux (vertiges, migraines); la toux, l’asthme, les règles trop abondantes, les troubles liés à la ménopause, le diabète. Les formes les plus couramment pratiquées sont la macération à froid des tiges et feuilles, le macérat glycériné de jeunes pousses et la teinture-mère. Le Gui doit être pris en respectant scrupuleusement le dosage, est proscrit pour la femme enceinte et les gens souffrant d’allergie au gui (albumine). 

La plante se récolte pour ses usages médicinaux avant la fructification, soit de septembre à octobre et, autre idée reçue, non pas en hiver. Car en hiver elle génère ses fruits, toxiques. Ils prennent la forme de baies blanches à une seule graine dont raffolent les grives draines, Turdus viscivorus, qui ingurgitent le fruit et libèrent la semence dans leurs déjections atterrissant sur les branches d’autres arbres où le gui pourra se développer. D’autres oiseaux, comme les fauvettes à tête noire, Sylvia atricapilla, déchirent les baies pour se nourrir de la pulpe, ce qui profite à la plante, sa pulpe étant collante, la graine adhère au bois de son hôte.

Tiges et feuilles de Gui en morceaux

Et contre le cancer ?

C’est à la théorie des signatures remontant à Paracelse et surtout aux travaux de Rudolf Steiner, père de la médecine anthroposophique que l’on doit l’intérêt du Gui dans la lutte contre le cancer. La théorie des signatures fait le parallèle entre l’aspect physique de la plante et la maladie. Ici, le gui parasitant son hôte, le parallèle fut fait avec le cancer bien que ce dernier est plutôt dû à nos propres cellules qu’à une attaque extérieure. Quant à Rudolf Steiner, il s’intéressa aussi au parasite pour en induire l’efficacité sur le corps humain. Ses théories conduiront au développement de l’Iscador®, prodigué par injection sous-cutanée, qui est encore très largement utilisé de nos jours et à d’autres médicaments semblables. Si l’action de soutien est partagée par la communauté scientifique, celle de son efficacité à lui seul à lutter contre les cancers est largement remise en question voire tout simplement réfutée. Les études les plus récentes tendent à accréditer l’action bénéfique du Gui sur la qualité de vie des patients soumis à la chimiothérapie (par ses propriétés immunostimulantes, réductrices de fatigue et amoindrissant les effets secondaires de la chimio), une action plus directe sur certains types de cancer reste donc à prouver cliniquement.

Un bouquet dans la maison au premier jour de l’an, gage d’amour et de protection…

Mais Gui est-il finalement ?

Des pratiques perdues druidiques aux multiples usages du Gui dans l’art de guérir s’ajoute une autre caractéristique de la plante. Ses deux principes actifs les plus intéressants, les lectines et viscotoxines varient selon l’arbre-hôte parasité ! Hildegarde von Bingen avait pour cela sa préférence pour le Gui du poirier, le docteur Valnet évoquait pommier et poirier… Mais il reste encore de nombreuses études à mener sur ces combinaisons du gui et de la plante-hôte car, on le sait, il suffit d’une variation pour donner un remède sur une toute autre maladie. En conclusion,  le Gui, en tant que plante médicinale, n’a pas fini de nous étonner et pas seulement le premier jour de l’an lorsqu’on se retrouve sous l’un de ses bouquets !

2 commentaires pour “Le Gui, des druides à la phytothérapie

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